Un nouveau système d’alliances : du bloc euro-asiatique à l’Afrique

Ces dernières années, un réseau d’alliances stratégiques et de coopération s’est formé, qui ne ressemble pas à un pacte militaire classique comme l’OTAN, mais plutôt à un système flexible de convergence politique, militaire et économique. Au centre de ce système se trouvent la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord, souvent désignés par les analystes sous l’acronyme CRINK. Il n’existe ni commandement unifié ni traité multilatéral unique entre ces quatre acteurs. Il existe cependant une coopération structurée :

– La Russie fournit la technologie militaire, la formation et la couverture diplomatique ;

– La Chine apporte son soutien économique et politique, mais évite les engagements militaires directs ;

– L’Iran apporte des drones, un savoir-faire asymétrique et des réseaux régionaux ;

– La Corée du Nord offre des munitions, des missiles et du personnel militaire en échange d’un soutien économique et technologique.

Ce bloc est soudé par un intérêt commun : réduire l’influence occidentale et promouvoir un ordre international multipolaire. La projection la plus visible de ce système peut être observée en Afrique, en particulier dans la région du Sahel. Dans cette région, la Russie a renforcé ses relations avec les gouvernements et les juntes militaires en leur offrant une aide financière :

– le soutien armé et la formation ;

– le conseil pour la sécurité des régimes ;

– des accords sur les ressources naturelles et la logistique.

Ces relations ne sont pas des alliances idéologiques, mais des pactes de convenance : stabilité interne en échange d’un accès stratégique. Parallèlement, la Chine maintient une présence plus discrète mais capillaire, se concentrant sur le maintien de l’ordre, la sécurité intérieure, la formation et la protection des investissements, en évitant de s’impliquer directement dans les conflits.

La Turquie est un acteur clé, souvent un pont entre des mondes différents. Tout en restant officiellement membre de l’OTAN, Ankara a développé une politique étrangère autonome :

– des accords militaires et de défense avec plusieurs pays africains ;

– la vente de drones et de technologies militaires ;

– la coopération en matière de renseignement et de formation.

La Turquie n’est pas pleinement intégrée au bloc CRINK, mais elle interagit avec la Russie, l’Iran et l’Afrique selon une logique pragmatique, devenant ainsi un acteur de liaison entre l’Eurasie, le Moyen-Orient et le continent africain.

L’Iran maintient une présence moins visible mais stratégique dans certaines régions africaines, en particulier là où il existe des lacunes en matière de sécurité ou un isolement international. Il y exporte des modèles de contrôle, des technologies militaires bon marché et des relations idéologiques limitées mais fonctionnelles.

Un système de déploiements, pas un front unique

Globalement, ce qui émerge n’est pas un “bloc compact”, mais un écosystème d’alliances qui se chevauchent :

la coopération militaire sans intégration complète ;

des intérêts convergents mais pas identiques ;

des relations bilatérales qui peuvent se renforcer ou se refroidir rapidement.

Cela rend le système moins prévisible, mais aussi plus résistant : si un maillon s’affaiblit, les autres restent opérationnels. La situation en Afrique renforce encore ce système de coopération car l’Afrique, avec ses territoires riches en ressources minérales et sa position géographique, est une base essentielle et indispensable pour que les puissances euro-asiatiques puissent établir leur domination sur les puissances occidentales.Selon ce scénario de développement très important et en suivant cette perspective, voici une liste prudente et actualisée des nations africaines qui sont alignées ou coopèrent (militairement, politiquement ou en matière de sécurité) avec le bloc CRINK (Russie-Chine-Iran-Corée du Nord). Il ne s’agit pas d’une alliance formelle, mais d’un alignement de fait, d’une coopération ou d’une dépendance stratégique.

Afrique – Pays les plus étroitement alignés sur le bloc CRINK

Mali

Coopération militaire directe avec la Russie ; présence d’instructeurs et de soutien armé ; rupture avec les partenaires occidentaux.

Burkina Faso

Alignement politique avec Moscou ; coopération militaire et sécurité du régime.

Niger

Après le coup d’État, rapprochement progressif avec la Russie et la Chine ; sortie de l’orbite occidentale.

– République centrafricaine

Exemple : dépendance à l’égard de la sécurité russe ; coopération militaire structurelle.

Soudan

Coopération militaire avec la Russie et l’Iran ; approvisionnement et intérêts stratégiques en mer Rouge.

– Libye

Présence et influence de la Russie dans certaines régions ; contexte fragmenté et non unifié.

Algérie

Partenaire militaire historique de la Russie ; coopération stratégique tout en maintenant l’autonomie diplomatique.

Éthiopie

Relations politiques et militaires avec la Russie, la Chine et l’Iran ; résistance aux pressions occidentales.

Erythrée

Alignement politique anti-occidental ; coopération avec la Russie et la Chine.

Angola

Forte dépendance économique et infrastructurelle à l’égard de la Chine ; coopération politique.

Zimbabwe

Relations établies avec la Chine et la Russie ; isolement par rapport à l’Occident.

Mozambique

Coopération en matière de sécurité avec la Russie (par le passé) et forte présence chinoise.

Il s’agit essentiellement de gouvernements militaires ou autoritaires animés de sentiments anti-occidentaux, où la sécurité du régime autoritaire est perçue comme nécessaire et où l’accès aux ressources stratégiques est important. Dans ce scénario, la volonté de la Russie et de la Chine de fournir un soutien sans conditions politiques est une évidence. L’étude de la carte des ressources et de la situation géographique des nations africaines explique pourquoi l’alignement du CRINK en Afrique est plus concentré dans le Sahel, la Corne de l’Afrique et certains nœuds stratégiques en Afrique du Nord.

Le monde émergent n’est pas divisé en deux camps rigides, mais traversé par des réseaux de pouvoir fluides, où la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord jouent le rôle de catalyseurs, la Turquie celui d’acteur relais, et l’Afrique celui d’espace central de la concurrence stratégique.

C’est précisément cette combinaison de l’Eurasie du Nord, du Moyen-Orient et de l’Afrique qui a conduit de nombreux observateurs – notamment dans la sphère biblico-prophétique – à relever des similitudes structurelles avec les descriptions anciennes de coalitions multirégionales. Mais au-delà des interprétations, une chose est sûre : le monde a changé et les alliances du XXIe siècle ne suivent plus les cartes du XXe siècle.

Est-ce vraiment le programme de la fin des temps ?

En écoutant et en lisant les dernières nouvelles concernant les rencontres entre les grandes puissances et les tentatives pour s’assurer l’accès aux grandes ressources minérales et stratégiques, on constate une extraordinaire ressemblance avec les dispositions évoquées par le prophète Ezéchiel, l’un des principaux prophètes de l’Ancien Testament et l’auteur du livre du même nom, qui vivait à Jérusalem entre 620 et 570 environ avant J.-C. Dans son livre, les chapitres 38 et 39 décrivent une grande coalition de peuples s’avançant contre Israël “dans les derniers jours” (Ez 38, 16).J.-C. et 570 av. J.-C. Dans son livre, les chapitres 38 et 39 décrivent une grande coalition de peuples agissant contre Israël “dans les derniers jours” (Ez 38:16). Le prophète parle de Gog, du pays de Magog, qu’il décrit comme venant “des extrémités du nord” avec de nombreux peuples alliés (Ez 38:6 ; 38:15). Parmi ceux-ci, la Perse, Cush et Put sont explicitement mentionnés :

La Perse, Cush et Put sont avec eux, tous avec bouclier et casque” (Ez 38,5).

L’image qui se dégage n’est pas celle d’une nation isolée, mais celle d’une coalition interrégionale impliquant le Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique, unie par des intérêts convergents plutôt que par une idéologie commune. Les motivations attribuées à cette alliance sont également significatives :

“Vous monterez contre mon peuple d’Israël… pour piller et saccager” (Ez 38:12).

De nombreux interprètes notent que cette description d’une puissance nordique de premier plan, flanquée d’alliés orientaux et africains, agissant dans un contexte d’instabilité mondiale, présente de fortes similitudes structurelles avec les alignements géopolitiques d’aujourd’hui, caractérisés par une coopération fluide, des objectifs stratégiques et des intérêts matériels. Cependant, le texte biblique souligne également que le résultat final ne dépend pas de la force de la coalition, mais de l’intervention directe de Dieu :

“Je manifesterai ma grandeur et ma sainteté… et ils sauront que je suis le Seigneur” (Ez 38,23).

Le message final d’Ezéchiel n’est donc pas seulement géopolitique : à l’apogée de l’histoire, lorsque les nations semblent converger dans un ensemble global, la souveraineté ultime n’appartient pas aux alliances humaines. Que la configuration actuelle du monde représente ou non le scénario prophétisé, le parallélisme invite à réfléchir au fait que les dynamiques de pouvoir, déjà entrevues dans l’Antiquité, tendent à se reproduire lorsque le monde entre dans une phase de profonde transition.

Dans cette discussion, on peut partager le point de vue de nombreux spécialistes selon lesquels les chapitres 38 et 39 du livre d’Ezéchiel décrivent un événement littéral futur situé dans les derniers temps, juste avant ou au début de la fin des temps, précédant le règne du Christ qui revient et règne sur toute la terre.

1) Le temps de la prophétie : “dans les derniers jours”.

Le texte indique explicitement la localisation temporelle :

“Il arrivera, dans les derniers jours, que je vous conduirai contre mon pays” (Ez 38, 16).

Selon les interprétations, cette référence ne concerne pas le retour de l’exil babylonien, mais un temps final et donc apocalyptique, lorsqu’Israël retournera sur sa terre et redeviendra une nation (un événement considéré comme réalisé en 1948).

2) Gog et Magog : le chef du Grand Nord

Gog est décrit comme :

Prince de Rosh, de Mésec et de Tubal” (Ez 38:2)

De nombreux interprètes s’identifient :

Magog, Mesec et Tubal avec des territoires au nord d’Israël

Rosh comme référence étymologique à une région nordique dominante

D’où l’identification très répandue de Gog à une puissance “nordique”, souvent associée à la Russie moderne. Cette identification n’est pas basée sur un seul verset, mais sur :

la direction géographique (“les extrémités du nord”, Ez 38:15) ;

rôle prépondérant dans la coalition ;

la continuité territoriale des peuples anciens.

3) Les alliés : Moyen-Orient et Afrique

Le texte biblique énumère clairement les alliés :

La Perse, Cush et Put sont avec eux” (Ez 38:5)

Gomer et toutes ses troupes, Bet-Togarma…” (Ez 38:6)

Il existe une forte corrélation dans la lecture: :

Perse = Iran (identification historique directe) ;

Cush = régions au sud de l’Égypte (Éthiopie/Soudan) ;

Put = Afrique du Nord (traditionnellement la Libye) ;

Gomer et Bet-Togarma = zone anatolienne/caucasienne (souvent associée à la Turquie).

L’essentiel n’est pas seulement de savoir qui participe, mais qu’il s’agit d’une coalition large et coordonnée, réunissant le Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique.

4) La motivation de l’invasion

Selon Ezéchiel, l’attaque a lieu alors qu’Israël vit dans une relative sécurité :

“Vous irez à la rencontre d’un peuple tranquille… pour piller et saccager” (Ez 38:11-12).

On peut facilement interpréter ce verset comme suit :

– une attaque non pas défensive, mais opportuniste ;

– motivés par des intérêts économiques, stratégiques et géopolitiques ;

– favorisée par un contexte d’apparente stabilité israélienne.

5) Le résultat : l’intervention directe de Dieu

Un élément central, cependant, est qu’Israël ne gagne pas par ses propres forces :

“Je jugerai Gog… par la peste, le sang, les pluies torrentielles, la grêle, le feu et le soufre” (Ez 38:22).

La destruction de la coalition répond à un objectif précis :

“Les nations sauront que je suis le Seigneur” (Ez 38:23)

Cet événement est considéré comme :

– une démonstration publique de la souveraineté divine ;

– un tournant qui prépare les événements finaux

Parce que nous trouvons des parallèles avec l’époque actuelle.

Fondamentalement, on peut noter des coïncidences structurelles et non chronologiques :

le retour d’Israël en tant que nation ;

l’émergence d’une puissance hostile du Nord ;

la présence de l’Iran et d’acteurs africains sur le même axe ;

des alliances pragmatiques et non idéologiques ;

l’hostilité croissante à l’égard d’Israël.

C’est pourquoi nous pensons rejoindre l’avis de nombreux spécialistes qui affirment non pas qu’Ezéchiel 38 est “déjà en train de se produire”, mais que les conditions décrites sont en train de se mettre en place. Nous nous sommes aventurés dans cet océan de considérations, qui ouvre un monde de spéculations et de débats qui nécessiterait d’autres articles dans cette rubrique. Nous nous arrêterons ici. Nous invitons cependant nos lecteurs à réfléchir au fait que ces correspondances extraordinaires confirment ce que le Seigneur Jésus a dit (Mt 24,44) : Tenez-vous donc prêts, vous aussi, car à l’heure où vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra.

Francesco Pastone